Sous plastique


2022 - wip

[EN]
The tomato bought in January grew without seasons, without soil, without natural light. Behind it, hectares of plastic stretched over metal frames, thousands of tonnes of artificial substrate, considerable flows of energy. Industrial greenhouse farming is one of the most radical forms of bringing the living world under control: nature is no longer a setting here, it is a variable to be managed, indifferent to the cycle of day.

"Sous plastique" refers first to these landscapes: industrial greenhouses, translucent tunnels, reflective surfaces that have progressively covered entire territories. But the expression also evokes what is preserved outside of reality, withdrawn from time, kept under glass. And it refers finally to the product itself: the filmed tray, the wrapped fruit, the sealed vegetable. Plastic frames the entire cycle, from cultivation to consumption, nature is brought under control, then put up for sale.

This model is the product of a global logic, not a local decision. The farmer responds to a demand. The consumer buys what the market makes available, at prices set by global competition. Between the two, a system that has imposed itself progressively, silently, until it became the only visible horizon.

This project documents this transformation across several territories. Not to assign blame, but to observe what a system produces when nobody truly chose it. What these landscapes reveal is the form consumer society takes when it inscribes itself in the territory.

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[FR]
La tomate que l'on achète en janvier a poussé sans saison, sans sol, sans lumière naturelle. Derrière elle, des hectares de plastique tendu sur des armatures métalliques, des milliers de tonnes de substrats artificiels, des flux d'énergie considérables. L'agriculture industrielle sous serre est l'une des formes les plus radicales de la mise sous contrôle du vivant : la nature n'y est plus un cadre, elle est une variable d'ajustement, indifférente au cycle du jour.

"Sous plastique" désigne d'abord ces paysages : serres industrielles, tunnels translucides, surfaces réfléchissantes qui ont progressivement recouvert des territoires entiers. Mais l'expression dit aussi ce qui est préservé hors du réel, soustrait au temps, maintenu sous cloche. Et elle dit enfin le produit lui-même : la barquette filmée, le fruit emballé, le légume scellé. Le plastique encadre tout le cycle, de la culture à la consommation, la nature est mise sous contrôle, puis mise en vente.

Ce modèle est le produit d'une logique globale, non d'une décision locale. L'agriculteur répond à une demande. Le consommateur achète ce que le marché rend disponible, à des prix que la concurrence mondiale a fixés. Entre les deux, un système qui s'est imposé progressivement, silencieusement, jusqu'à devenir le seul horizon visible.

Ce projet documente cette transformation depuis plusieurs territoires. Non pour désigner des coupables, mais pour observer ce qu'un système produit quand personne ne l'a vraiment choisi. Ce que ces paysages révèlent, c'est la forme que prend la société de consommation quand elle s'inscrit dans le territoire.