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2025[EN]
They were designed to last twenty-five years. Built in twenty-five days. In Soviet Estonia, the Khrushchevkas, prefabricated five-storey apartment buildings, embodied the ideal of collectivist urbanism: functional, standardised, infinitely replicable. Their successors, the Brezhnevkas, pushed the principle skyward, rising from nine to seventeen storeys. Emergency responses to a housing crisis, conceived as temporary, made permanent. In this prefabricated world, function crushes form, utility replaces the sensible.
These structures are still standing. In a country largely shaped by nature, they rise as vertical dissonances, indifferent to the landscape that surrounds them. Their omnipresence is not incidental: they are the visible traces of an era that Estonia is actively seeking to move beyond. Since independence, the country has embarked on a strong process of identity reconstruction, marked by a desire to break with the Soviet past. Yet these buildings remain, inhabited largely by a Russian-speaking population that keeps alive a memory the official history would rather set aside. Concrete as involuntary archive.
Faced with this heritage, Estonia prefers repair to erasure. Not out of ideological conviction, but under the combined pressure of costs, fragmented private ownership, energy challenges and social memory. In Moscow, the response has been the opposite: a sweeping demolition programme launched in 2017 plans to raze several thousand buildings to make way for modern reconstruction. What Estonian constraint has produced nevertheless resembles a form of wisdom: rethinking what exists rather than erasing it.
The project sets out to observe this tension: between what endures and what is silenced, between the collective ideal and ordinary life. Not to pass judgement, but to look at what these rigid, repetitive forms still say about the utopia that produced them, and the daily life that, sixty years on, continues within them.
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[FR]
Ils étaient prévus pour durer vingt-cinq ans. Construits en vingt-cinq jours. Dans l'Estonie soviétique, les Krouchtchevkas, immeubles préfabriqués de cinq niveaux, ont incarné l'idéal d'un urbanisme collectiviste : fonctionnel, standardisé, reproductible à l'infini. Leurs successeurs, les Brejnevkas, ont poussé le principe vers le ciel, de neuf à dix-sept niveaux. Des réponses d'urgence à la crise du logement, pensées comme provisoires, devenues permanentes. Dans ce monde préfabriqué, la fonction écrase la forme, l'utile remplace le sensible.
Ces structures sont toujours là. Dans un pays largement façonné par la nature, elles s'inscrivent comme des dissonances verticales, indifférentes au paysage qui les entoure. Leur omniprésence n'est pas anodine : elles sont les traces visibles d'une époque que l'Estonie cherche activement à dépasser. Depuis son indépendance, le pays s'est engagé dans une reconstruction identitaire forte, marquée par une volonté de rupture avec le passé soviétique. Pourtant ces bâtiments demeurent, habités en grande partie par une population russophone qui y entretient une mémoire que l'histoire officielle préfère écarter. Le béton comme archive involontaire.
Face à cet héritage, l'Estonie préfère la réparation à la table rase. Non par choix idéologique, mais sous la pression conjuguée des coûts, de la propriété privée éclatée, des enjeux énergétiques et de la mémoire sociale. À Moscou, la réponse a été inverse : un vaste programme de démolition lancé en 2017 prévoit la destruction de plusieurs milliers de bâtiments pour laisser place à une reconstruction moderne. Ce que la contrainte estonienne a produit ressemble pourtant à une sagesse : repenser l'existant plutôt que l'effacer.
Le projet s'attache à observer cette tension : entre ce qui dure et ce que l'on tait, entre l'idéal collectif et la vie ordinaire. Non pour trancher, mais pour regarder ce que ces formes rigides et répétitives disent encore de l'utopie qui les a produites, et du quotidien qui, soixante ans plus tard, les prolonge.